Chelton, Hugues. Le Film complet du Jeudi/Le Film complet du Dimanche. 4e année, numéros 195 et 196 des 3 et 6 décembre 1925. Deux fascicules brochés de 16 pages chacun, titrés Nosfératu le Vampire et Le Spectre de la Mort Noire, placés dans un étui chemise de plexiglas à deux faces (quelques légères rayures*). Deux feuillets du second fascicule moins bien coupés. 263×183 mm.

900 euros

La première novellisation française d’un film de vampires

Très bel état général pour ces numéros fragiles, qui ont l’avantage de ne pas être extraits d’une reliure.

Ces deux rares livraisons du Film complet sont dédiées au Nosferatu de Murnau. On y trouve une vingtaine de photos et un texte de Hugues Chelton qui résume l’histoire. Il s’agit de la deuxième apparition de Dracula en France, après l’originale de 1920, traduite par Eve et Lucie Paul-Margueritte.

Les débuts du Film complet se situent en novembre 1922, avec Le Docteur Jekyll et Mister Hyde. Cette revue faisait partie des plus célèbres parmi celles qui se consacraient aux « films racontés », c’est-à-dire aux récits romancés de films – on parle aujourd’hui de novellisations –, illustrés d’un certain nombre de photographies. Les pages consacrées au film ne constituaient pas une rubrique d’une revue, mais la revue elle-même et les textes étaient dépourvus de tout contenu critique.

D’un format modeste (16 pages alors que par exemple la collection Cinéma-Bibliothèque de Tallandier en proposait 96), le Film complet paraissait à ses débuts une fois par semaine. Il disparut en 1958.

Ce véritable genre littéraire que constituait le film raconté, à la croisée du cinéma et de la littérature populaire, fit son apparition dans les années 1910. En France, il connut son apogée entre 1920 et 1940 et perdura jusqu’à la fin des années cinquante, avant d’être supplanté par les publications constituées d’un film raconté sous la forme d’un roman-photo (le « ciné-roman »).

Revenons à Nosferatu, dont la diffusion en France avait commencé dès 1922, l’année de la sortie en Allemagne. L’anecdote est connue : le futur réalisateur de Faust, une légende allemande, s’appropria l’histoire de Dracula, et cela lui valut un procès en droits d’auteurs intenté par Florence Stoker, la veuve de l’écrivain, qui n’avait que ces revenus pour vivre. Celle-ci gagna et il fut ordonné en juillet 1925 de détruire toutes les copies du film. Cette décision ne fut pas entièrement respectée ; par exemple, Nosferatu était diffusé en France en 1928. Durant la seconde moitié du XXe siècle, le film put être redécouvert par le public et prendre par la suite sa place dans l’histoire du cinéma.

Contrairement à ce que l’on pouvait croire jusqu’au début des années 1990, Nosferatu n’est cependant pas le premier film inspiré par le roman de Bram Stoker : le Hongrois Károly Lajthay réalisa en effet un an plus tôt Drakula Halála (La mort de Dracula, dont une projection de presse eut lieu à Vienne, au début du mois de mars 1921). Cela dit, le scénario de ce film coécrit par Michael Curtiz, dont il ne subsiste que quelques photos et une novellisation publiée en 1924 en langue hongroise, n’a guère de rapport avec le roman.

Hasard ou pas, c’est en Hongrie qu’avait paru en 1898 la première traduction du roman.

Sources : l’article de Christophe Bier paru à l’automne 2007 dans la revue Le Rocambole 39-40 (voir aussi le dossier Écriture des cinéromans dans le numéro 78-79 de cette revue) ; Jenő Farkas : interview du 20/10/2024 et article du 15/12/2025, sur le site vampirisme.com d’Adrien Party. On doit à J. Farkas, universitaire hongrois la révélation de Drakula Halála. Il indique dans son article : « Au cours de mes recherches en bibliothèque, j’étais déjà tombé sur les hypothèses concernant l’existence de ce premier film hongrois consacré à Dracula, “perdu” et “entièrement enseveli dans l’oubli”, considéré comme une curiosité virtuelle de l’histoire du cinéma. Au début des années 1990, après de longues recherches, j’ai pu retrouver dans la presse spécialisée hongroise et autrichienne quasiment toutes les photographies, articles et affiches aujourd’hui connus concernant le film muet de Lajthay. » Cet universitaire a également mis au jour la novellisation du film (en 1997), ainsi que la traduction hongroise du roman Dracula (2010).

* Des traits sur les photos du plexiglas correspondent à des reflets de lumière.

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