Boisyvon, Lucien. Londres après minuit. D’après le film interprété par Lon Chaney (Edition-Metro-Goldwin-Mayer). J. Ferenczi et Fils Editeurs, s. d. (1929), 95 p., 32 photographies, chacune à pleine page. 140×202 mm. Traces discrètes de restaurations au premier plat (coins…) Quatrième de couverture et dos absents, mais très habilement remplacés, page de titre plus courte dans sa largeur, quelques petites déchirures, salissures sur une photo, mouillure discrète sur une série de 4 autres. Exemplaire plaisant malgré les défauts signalés ; les feuillets de texte sont bien conservés.
1200 euros
Novellisation très rare et très recherchée du mythique London after midnight de Tod Browning, l’un des plus célèbres films perdus.
London after midnight (1927) s’inscrit pleinement dans la période où, aux États-Unis, émergeaient simultanément un cinéma d’horreur et une littérature fantastique originale portée par les pulps. Ce fut le premier film américain à mettre en jeu le thème du vampire, mais quelques réalisations étrangères le précédèrent, en particulier Nosferatu en 1922 (rappelons que c’est en Europe que naquit le cinéma d’horreur). Le (faux) vampire de London after midnight était interprété par Lon Chaney, qui avait déjà tourné plusieurs fois avec Browning. La réalisation commença en 1927, environ deux mois avant les premières représentations à New-York de la pièce Dracula, où Bela Lugosi incarnait pour la première fois le comte. Lon Chaney portait un maquillage très impressionnant, qui est resté célèbre.
Quatre ans plus tard, Tod Browning se pencha de nouveau sur le thème, mais de façon plus marquante, puisqu’il mit en jeu un « véritable » vampire, qui plus est le désormais très célèbre Dracula. Lon Chaney était mort en 1930 et le rôle du mort-vivant fut confié à Bela Lugosi. Le film sortit la même année que Docteur Jekyll et M. Hyde et Frankenstein, un an avant La Momie, L’île du docteur Moreau ou encore White Zombie. Il eut un impact important sur le développement du thème du vampire dans la littérature : c’est à partir de ce moment que les histoires se multiplièrent dans les pulps et qu’ainsi, le thème s’implanta profondément dans l’imaginaire américain. Notons que Browning réalisa en 1935 une version parlante de London after midnight : Mark of the vampire, où Bela Lugosi reprit le rôle de Lon Chaney.
Par la suite, London after midnight disparut, la dernière copie connue ayant brûlé en 1965 dans l’incendie de locaux de la MGM. Contrairement aux séries des Dracula et Frankenstein, il semble qu’il ne soit pas ressorti au cinéma dans les années 1950 et qu’il n’ait jamais été diffusé à la télévision. Deux « reconstructions », l’une sous forme de livre, l’autre, de film, chacune s’appuyant principalement sur les nombreuses photos qui subsistent, furent réalisées en 1985 et 2002. D’autre part, il existe quelques autres traces telles que des scripts, et trois publications d’époque renseignant sur le film. La première a été conçue avant sa sortie ; le texte n’est pas tout à fait conforme à ce que purent voir les spectateurs au cinéma. Les autres sont deux novellisations écrites par des personnes ayant visionné le film : une, anglaise, parue en 1928, et celle de Lucien Boisyvon, beaucoup plus longue : 32500 mots contre 11000. (Thomas Mann : London After Midnight: An English Translation of the 1929 French Novelization of the Lost Lon Chaney Film, BearManor Media, 2018)
Le récit de Boisyvon est paru en 1929, l’année de la sortie française de London after midnight ; il est illustré de 32 photographies : des scènes du film et un portrait de Lon Chaney. Il constitue le premier numéro de la collection Ciné-Volume. Selon l’expression consacrée, le film est « raconté » ; le texte se lit comme un roman. Il s’agit de la deuxième novellisation française d’un film sur les vampires, après celle de Nosferatu, en 1925 (beaucoup plus courte et précédée par ailleurs par la première traduction du roman de Bram Stoker). La troisième et dernière ancienne est celle du Dracula de Tod Browning, publiée en 1932. Elle reprend en substance le texte de l’originale française.
Mann déclare que les seuls exemplaires connus de Londres après minuit sont le sien et celui de la BNF. Une telle affirmation est évidemment hasardeuse, mais il n’en demeure pas moins que ce livret est objectivement très rare.
Le remarquable Détectives des Ténèbres de François Ducos (2025) reproduit un exemplaire (différent de celui de la BNF). Un autre est visible depuis 2013 sur le site d’un éditeur, qui est également bouquiniste.
Lucien Boisyvon (1886-1967) est l’auteur d’autres novellisations. Il a aussi écrit des essais sur le cinéma et exercé comme critique de cinéma.
« … j’ai lu dans le livre que lisait l’autre jour M. Hibbs que l’on se protégeait contre les vampires en plaçant dans la serrure de la pièce où l’on dormait une épée acérée et une couronne de tubéreuses. Eh bien ! cette nuit, je ferai comme dit le livre… » (page 57)







