[Perrault, Charles]. Griselidis. Nouvelle. Avec le conte de Peau d’Asne, et celuy des Souhaits ridicules. Quatrieme Edition. Paris, Chez Jean-Baptiste Coignard, 1695. In-12 (165×96 mm). Trois parties en un volume. 5 ff. n. ch., 69 p., 1 f. n. ch. blanc, 36-12 pp (les paginations des trois contes sont séparées). Veau brun granité, dos à cinq nerfs orné, caissons dorés (reliure pastiche parfaitement exécutée). Très petit manque angulaire à deux feuillets. Exemplaire très plaisant, avec de bonnes marges.
3000 euros
On connaît en tout trois éditions du recueil Coignard : la nôtre, et deux à la date 1694. L’une porte au titre : « seconde édition » mais, en l’absence d’exemplaire connu vierge de toute mention d’édition, on considère qu’il s’agit de l’originale. L’autre est la « troisième ». Ces éditions présentent de légères différences de typographie et de composition, mais elles sont structurées de la même façon : dans chacune d’elles, les contes présentent une pagination séparée et Peau d’Asne, à l’inverse de Griselidis et des Souhaits, possède son propre titre mais pas de faux-titre. Les deux dernières comportent une préface, qui est absente de l’originale.
Aucun de ces trois contes n’était inédit avant la publication en 1694 du recueil Coignard. Tous, y compris Peau d’Asne, étaient en effet déjà parus séparément. Celui des Souhaits ridicules figure en 1693 dans le numéro de novembre du Mercure Galant ; Griselidis a connu deux éditions, chacune en 1691 (Recueil de plusieurs Pieces d’Eloquence et de Poësie présentées à l’Académie françoise pour les prix de l’année 1691, puis une édition séparée). Dans le cas de Peau d’Asne, la situation est un peu plus complexe. Il est presque systématiquement affirmé que ce conte est paru la première fois en 1694 dans l’originale du recueil Coignard, mais cette information est fausse. L’existence probable d’une édition antérieure avait déjà été envisagée il y a très longtemps, par exemple en 1946 par Marie-Louise Dufrenoy dans L’Orient romanesque en France : « Ceci [l’originale du recueil Coignard] est apparemment la 2ème édit. de Peau d’asne ; la première est introuvable » (tome III, p. 94), ou bien encore par Gilbert Rouger dans l’édition Garnier des Contes, en 1967. Ce dernier, plus précis, citait en particulier une phrase de la préface du recueil : « La manière dont le public a reçu les pièces de ce recueil, à mesure qu’elles lui ont été données séparément, est une espèce d’assurance qu’elles ne lui déplairont pas en paraissant toutes ensemble ». Nous avons pour notre part entendu parler par une personne fiable d’un exemplaire en mains privées portant la date 1693. Nous avons ensuite découvert dans un ancien catalogue une édition chez J.-B. Coignard à cette date (Catalogue des Livres rares et précieux, manuscrits et imprimés, composant la Bibliothèque de M. S. G.***, Paris, Potier, 1869 ; N° 209 bis, « édition originale »). Il n’est pas utile de pousser plus loin les investigations : la notice du catalogue n’est certainement pas fautive et de fait, l’édition originale de Peau d’asne est antérieure au recueil Coignard – mais elle est si rare qu’elle est ignorée.
Notons par ailleurs que deux des contes en vers (au moins) furent publiés séparément en 1694. Il s’agit de Griselidis et de Peau d’Asne. Curieusement, il semble que les exemplaires correspondants soient tous formés d’extraits du recueil, comme si celui-ci avait été démantelé et vendu « en morceaux » (à moins bien sûr que les publications n’aient eu lieu dans l’ordre l’inverse). En outre, les trois parurent cette même année 1694 dans le fameux recueil du contrefacteur Moetjens. Signalons enfin qu’il existe aussi un tirage (ou une contrefaçon?) inconnu de l’édition originale de 1694 à l’adresse de la veuve de Jean-Baptiste Coignard. Il porte lui aussi la mention seconde édition ; il n’est cité dans aucune bibliographie et n’apparaît pas non plus dans les catalogues de bibliothèques. Il présente des variantes avec l’originale, notamment orthographiques et textuelles. Il existe aussi des différences au niveau de fleurons des pages de titres et les collations sont légèrement différentes. (Catalogue Livres anciens XXXXVI, librairie Hugues de Latude, circa 2014, pour l’exemplaire en question, « le seul connu »).
Toutes les éditions de notre recueil sont très rares. La « troisième » était d’ailleurs inconnue de Gilbert Rouger et de Marie-Louise Dufrenoy.* Aucune édition dans Gumuchian, dans le catalogue que la librairie Le Tour du Monde consacra en 1997 à Perrault, ainsi que dans Le Renard et les Raisins (librairie Philobiblon, 2010), Once Upon a Time (vente Justin G. Schiller, 2020) et, semble-t-il, dans le fond légué par Elisabeth Ball à la Lilly Library (Indiana). Deux autres exemplaires de notre édition sont cependant passés en vente au cours des dernières années, l’un relié par Petit successeur de Simier (bibliothèque Guy Pellion), l’autre par A. Bézard (bibliothèque Jules Claretie). Le nôtre était initialement relié en basane moderne. Un exemplaire dans le catalogue Loliée de 1952 (n° 443, l’originale).
* Elle est absente du Répertoire méthodique de la Librairie Damascène Morgand de 1893 dans lequel figurent pourtant trois éditions à la date 1697 des contes en prose et le recueil Moetjens (concernant ce dernier, voir la fiche précédente). Cet exceptionnel catalogue de vente proposait par ailleurs les deux autres éditions du recueil et il apparaît dans la notice de celle de 1695 que le rédacteur ignore l’existence de la troisième (n° 5784). Depuis 2016, un exemplaire de cette édition pour le moins très rare est lisible sur Gallica.





