Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, Evêque de Mende. Mandement de Monseigneur l’Evêque de Mende, pour ordonner des prières publiques, à l’occasion de l’animal anthropophage qui désole le Gévaudan. A Mende. Chez la Veuve de François Bergeron, Imprimeur du Roi, de Monseigneur l’Evêque, du Collège, et de la Ville, 1754 (pour 1764). Plaquette in-4, 10 p. et 1 ff. n. ch. (blanc). 190×235 mm. Édition originale. Exemplaire extrait d’une reliure, coupé un peu court, particulièrement sur la partie inférieure : la date de publication est absente et la dernière ligne de l’adresse est entamée (la taille de l’exemplaire a certainement été adaptée à celle des autres imprimés du recueil). Pas d’autres atteintes au texte que celles-ci.

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La plus célèbre publication d’époque sur la bête du Gévaudan.

Dans ce mandement publié six mois après la première attaque de la bête, l’évêque explique aux fidèles qu’il doivent considérer le « fléau » qui les touche comme une punition divine. Cette façon d’interpréter les faits n’est évidemment pas nouvelle, elle s’inscrit dans une tradition et une rhétorique anciennes, dont témoignent par exemple les canards des siècles précédents : les calamités qui s’abattent sur les hommes sont l’expression de la colère de Dieu :

« Une bête féroce, inconnue dans nos climats, y paraît tout à coup comme par miracle, sans qu’on sache d’où elle peut venir. Partout où elle se montre, elle laisse des traces sanglantes de sa cruauté. La frayeur et la consternation se répandent ; les campagnes deviennent désertes, les hommes les plus intrépides sont saisis de frayeur, à la vue de cet animal destructeur de leur espèce, et n’osent sortir sans être armés ; il est d’autant plus difficile de s’en défendre qu’il joint à la force la ruse et la surprise. Il fond sur sa proie avec une agilité et une adresse incroyables ; dans un espace de temps très-court, vous le savez, il se transporte dans des lieux différents, et fort éloignés les uns des autres : il attaque de préférence l’âge le plus tendre et le sexe le plus faible, même les vieillards en qui il trouve moins de résistance. […] Pères et mères qui avez la douleur de voir vos enfants égorgés par ce monstre que Dieu a armé contre leur vie, n’avez-vous pas lieu de craindre d’avoir mérité par vos dérèglements que Dieu les frappe d’un fléau terrible ? Souffrez que nous vous demandions un compte de la manière dont vous les élevez ; quelle négligence à les instruire des principes de la religion et des devoirs du christianisme ! Quel soin prenez-vous de leur éducation ? […] Quelle dissolution et quel dérèglement dans la jeunesse de nos jours ! La malice et la corruption se manifestent dans les enfants avant qu’ils aient atteint l’âge qui peut les en faire soupçonner. Ce sexe dont le principal ornement fut toujours la pudeur et la modestie, semble n’en plus connaître aujourd’hui ; il cherche à se donner en spectacle, en étalant toute sa mondanité et il se fait gloire de ce qui devrait le faire rougir. […] Entrons dans le dessein de Dieu qui ne nous frappe que pour nous guérir ; si nous cessons de l’offenser, ses vengeances cesseront aussi, sa colère fera place à ses anciennes miséricordes. Le monstre redoutable qui exerce sa fureur contre nous ou sera exterminé, ou Dieu le fera disparaître pour n’y plus revenir. »

Se montrant ensuite plus pragmatique, il encourage la population à affronter la bête :

« Loin de vous cette pensée folle que ce monstre est invulnérable, que les pasteurs et tous ceux qui sont chargés du sort des âmes s’appliquent à dissiper par de solides instructions ces contes fabuleux dont le peuple grossier aime à se repaître, et à bannir de son esprit tout ce qui ressent l’ignorance et la superstition [probable allusion aux exagérations des récits de colportage]. Cet animal, tout terrible qu’il est, n’est pas plus que les autres animaux à l’épreuve du fer et du feu. Il est sujet aux mêmes accidents, et à périr comme eux, il tombera infailliblement sons les coups qu’on lui portera dès que les moments de la miséricorde de Dieu sur nous seront arrivés […] »

Le religieux termine en ordonnant des prières de quarante heures et des chants, durant trois dimanches consécutifs. Il réclame également aux prêtres du diocèse d’ajouter à leur messe la collecte Pro quacumque tribulatione, « jusqu’à ce qu’il aura plu à Dieu de nous exaucer ».

Un exemplaire vendu aux enchères à Lyon, par De Baecque, le 24 juin 2021, lot 30 (« Pièce historique d’une grande rareté » ; reliure moderne). C’est le seul que nous ayons trouvé ; de façon générale, les documents d’époque consacrés à la bête du Gévaudan (feuillets de colportage inclus) paraissent tous extrêmement rares. Absent de la BNF ; un seul exemplaire au Catalogue Collectif de France (à Grenoble). Un autre à Genève. Aucun dans WorldCat. Dans son célèbre ouvrage, l’abbé Pourcher considérait que ce fascicule était devenu introuvable ; il se procura un exemplaire conservé en mains privées (Histoire de la bête du Gévaudan, véritable fléau de Dieu, d’après les documents inédits et authentiques, 1889, p. 135).

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