Farrère (Claude). La Maison des Hommes vivants. Paris, librairie des Annales, 1911. Un volume in-12 de 4 ff. et 299 pages. 121×184 mm. Demi-maroquin noir à coins, tête dorée, signé P. Affolter. Couvertures et dos conservés (légères traces d’encre). Un des 50 sur Hollande, après 26 Japon et 5 Chine. Très bel exemplaire.

550 euros

Prix Goncourt en 1905, élu à l’Académie Française en 1935, Claude Farrère (1876-1957), que sa soif d’aventures poussait à beaucoup « bourlinguer », s’essaya plusieurs fois à l’anticipation et au fantastique, en particulier dans cette remarquable Maison des Hommes vivants dans laquelle, à l’instar du Gustave le Rouge de La Guerre des Vampires, il met en jeu l’idée de vampirisme en s’écartant des schémas traditionnels du XIXe siècle.

« A l’époque, un bouquiniste de ma ville me fit lire la copie d’une lettre rédigée par l’auteur et qui nous éclaire quelque peu sur l’origine de son inspiration : “Ce roman là ne fut pour moi qu’une fantaisie. La première idée m’en vint en 1907 ou 1908. J’étais alors à l’état major du gouverneur de Toulon, place forte et port militaire. Un jour chevauchant en manœuvres de cadres entre le grand cap et le Coudon, il m’advint de passer le plus étrange des cols que j’aie jamais vus ; et ma carte m’apprit que ce col portait un nom également étrange : ‘La mort de Gauthier’. Il pleuvait finement, un peu de brume emmitouflait la montagne. Le lendemain, comme je rendais visite à Tamaris à mon maître et ami Pierre Louÿs, qui s’y trouvait alors, une jeune dame malade me pria de l’endormir en lui racontant une histoire. Je racontais tout à fait au hasard et je pris pour cadre l’histoire improvisée, ce col de ‘la mort de Gauthier’ que j’avais reconnu la veille. Je racontai, et ce fut exactement les quarante premières pages du roman tel qu’il est encore. Ces quarante pages là inventées, la dame dormait et j’achevai par la phrase rituelle : la suite au prochain numéro. Le prochain numéro n’est venu que fort plus tard, vers 1910 je crois : Mr Richel me demandait un roman. Je n’en avais pas, il insista ; je me souvins des hommes vivants. Il accepta, achat en poche. Je les écrivis et voilà leur histoire.” »

Trois nouvelles de l’auteur furent traduites à la fin des années 1930 dans le fameux pulp américain Weird Tales. La Maison des Hommes vivants parut quant à elle en 1946, sous le titre The House of secrets, dans Famous Fantastic Mysteries. La couverture du magazine illustrait le texte et le dessin était du célèbre Lawrence, qui était alors l’illustrateur attitré de cette revue. « Imaginez un peu, les traductions françaises dans les pulps étaient assez anecdotiques (ne comptons pas les rééditions de Verne dans les premiers Amazing Stories) alors traduire le texte d’un inconnu ayant l’honneur de bénéficier de la couverture… il s’agit d’un véritable miracle. »

Claude Farrère faisant partie des auteurs un peu négligés aujourd’hui, il importe d’autant plus de souligner que peu d’écrivains de langue française connurent un tel honneur.

Source : l’article posté le 10 février 2010, sur le site Sur l’autre face du monde (merveilleuxscientifiqueunblogfr.unblog.fr), en partie basé sur un numéro du Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de fantastique.

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