Maturin (Charles Robert). La Famille de Montorio ou la fatale vengeance, par M. Maturin, auteur de Melmoth ou l’homme errant. Traduit librement de l’anglais par Jean Cohen. Paris, Hubert, 1822. 5 tomes en 3 volumes in-12, demi-basane brune, dos orné, tranches marbrées (reliure de l’époque). 2 ff. ; 219, 212, 204, 232 et 237 p. 164×100 mm.
1800 euros
Très rare édition originale française de ce chef d’œuvre* de la littérature gothique. Publié en 1807, La Famille de Montorio est le premier roman de Maturin ; il précède Melmoth de treize années. Il est remarqué par Walter Scott qui n’hésite pas, lors de sa sortie, à écrire un long article dans lequel il traite de la production de romans gothiques depuis Radcliffe et Lewis, dressant un bilan négatif lui permettant de mieux mettre en valeur ce livre qu’il est « impossible de confondre avec la production romanesque du jour » (Maurice Lévy, p. 517-518).
Montorio souffre indéniablement d’être très mal connu, malgré une réédition en 2000 aux éditions José Corti, malgré également tout le bien qu’en disait André Breton : « la grande solennité baudelairienne est déjà là » (Situation de Melmoth, 1954). Alice Killen le cite très brièvement dans sa thèse (1915), donnant l’impression évidente qu’elle ne l’a pas lu. Breton indique qu’il est « strictement introuvable ailleurs qu’à la Bibliothèque nationale » – aucun exemplaire ne figurait d’ailleurs à sa vente.
Très différent de Melmoth, Montorio est un roman exceptionnel, qui renferme des passages que l’on n’oublie pas. Il contient dans son style et dans ses idées les germes du chef d’œuvre de l’auteur ; et même si, bien sûr, on peut regretter que les faits qui apparaissaient surnaturels soient expliqués, il est incontestable que l’essentiel est ailleurs : « Maturin aura beau nous dire, à la fin de son roman, quels furent les stratagèmes utilisés par Orazio pour leurrer sa crédule victime ; cet hallucinant récit ne relève pas moins pour autant du fantastique en ceci qu’il est le produit d’une imagination en délire. »** (M. Lévy)
Un compte-rendu de cette traduction figure dans le Journal des débats du 10 janvier 1822.
Restaurations aux reliures, des cahiers un peu déboîtés. Dorures du dos un peu passées, plis de lecture, quelques manques angulaires sans gravité (très peu), reliures manipulées, rousseurs ou taches (mais l’intérieur est globalement frais). L’exemplaire reste tout à fait correct.
* Rappelons qu’en dépit d’une production pour le moins importante (plusieurs centaines de titres), les grands textes gothiques sont très peu nombreux.
** A l’époque où le livre parut, le public était encore peu disposé à accepter le surnaturel en littérature (voir notre introduction). Compte tenu de ce qu’explique Maurice Lévy, on peut imaginer que ce fait explique à lui seul le choix de l’auteur de rester dans les limites du rationnel.




