Nodier (Charles). Smarra ou les démons de la nuit, songes romantiques, traduits de l’esclavon du Comte Maxime Odin. Par Ch. Nodier. Ponthieu, 1821. In-12, demi-chagrin maroquiné brun, dos lisse orné (reliure de l’époque). Faux titre, titre, 212 pages 163×96 mm. Ex-libris armorié Bibliothèque du Château de Voiron. Cachet Bibliothèque du Vte Scévole de Barral. Un manque de papier sans atteinte au texte, p. 135. Quelques frottements à la reliure.
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Édition originale, enrichie d’un envoi autographe signé : « à Monsieur Destains son ami Charles Nodier ».
Les envois de Nodier sont rares, particulièrement sur ce titre ; nous n’avons jamais eu l’occasion d’en voir d’autres. Le dédicataire, Eugène Destains (1793-1830), a collaboré à diverses revues dont les Annales de la littérature et des arts et la Gazette de France. Il a également participé avec Nodier à une réédition des Mille et une Nuits.
Ce court texte n’appartient pas au genre vampirique, mais il entretient des liens avec et s’inscrit pleinement dans sa naissance, dans la mesure où l’auteur est Nodier. Il suit d’un an le mélodrame Le Vampire et constitue le dernier contact de l’auteur avec le thème, avant longtemps. Il s’écoulera en effet une dizaine d’années avant la publication de son article De quelques phénomènes du sommeil dans la Revue de Paris et surtout celle du Docteur Guntz environ deux ans plus tard.
Smarra a été écrit dans une période où l’intérêt envers les mœurs et les coutumes des peuples balkaniques, auquel l’abbé italien Alberto Fortis avait ouvert la voie en 1774 avec son très approximatif et romancé Voyage en Dalmatie, était en train de s’accentuer. Mais, « œuvre étrange et contradictoire, à la fois érudite et personnelle, harmonieuse et farouche, classique et barbare, […] Smarra échoua à trouver un public malgré la faveur où étaient tenus à cette date les récits de sorcières et de vampires. Nodier s’était, si on peut dire, trompé d’adresse. Par sa tenue littéraire, par ses allusions érudites, l’œuvre devait intéresser plutôt le public cultivé ; or, le public cultivé, devant la mode du frénétique, haussait généralement les épaules ou protestait au nom du bon goût. C’était le peuple, surtout, qui se plaisait à ces sortes d’histoires et qui applaudissait des mélodrames comme Le Vampire ; mais ce même public populaire pouvait-il apprécier les cadences raffinées qui, dans Smarra, accompagnaient l’évocation des esprits nocturnes ? […] Avec Smarra, Nodier faisait une fois de plus figure de précurseur ; aucune de ses œuvres ne répond davantage aux curiosités modernes. » (P. G. Castex)
Dans la préface de la réédition de 1832, l’auteur évoqua cet échec et le fait qu’il avait écrit très tôt des contes fantastiques, sans faire école (dès 1806, plus de vingt ans, donc, avant que les traductions d’Hoffmann ne lancent la mode en France) : « … J’étais seul, dans ma jeunesse, à pressentir l’infaillible avènement d’une littérature nouvelle […] Je m’avisai un jour que la voie du fantastique pris au sérieux serait tout à fait nouvelle […] Le mauvais succès de Smarra ne m’a pas prouvé que je me fusse entièrement trompé sur un autre ressort du fantastique moderne, plus merveilleux, selon moi, que les autres. Ce qu’il m’aurait prouvé, c’est que je manquais de puissance pour m’en servir, et je n’avais pas besoin de l’apprendre. Je le savais. »*
Source : P. G. Castex pages 130-134 et 9. Pour des compléments, voir D. S-H., pages 274-277.
* Rappelons toutefois que bien avant les traductions d’Hoffmann, le fantastique bénéficiait d’une véritable présence dans l’espace littéraire français. Voir notre introduction à la catégorie Littérature fantastique.




