Bécquer (Gustave [Gustavo Adolfo]). Légendes espagnoles. Traduction de Achille Fouquier, Dessins de S. Arcos. Paris, Librairie de Firmin Didot, 1885. In-8, broché de 2 ff., 243 p. (dont un avant-propos du traducteur, Achille Fouquier), 2 ff. dont la table. Les 10 planches de Santiago Arcos ne font pas partie de la pagination. 135×205 mm. Couverture défraichie mais convenable (les photos accentuent les défauts), intérieur en très bon état.

110 euros

G. A. Bécquer (1836-1870) publia ses vingt-deux Leyendas dans des journaux, vers 1860. Son œuvre, composée pour l’essentiel de ces légendes et de poésies n’eut guère d’écho de son vivant. Il aurait d’ailleurs déclaré peu avant sa mort : « Si c’est possible, publiez mes vers. J’ai le pressentiment que mort je serai plus et mieux connu que vivant » et de fait, un ami s’occupa de faire paraître tous ses écrits en 1871, manière de lui rendre hommage mais aussi d’aider financièrement sa famille. C’est peut-être grâce à cela que Bécquer n’a pas été oublié, mais s’il est aujourd’hui considéré outre-Pyrénées comme un auteur qui compte, c’est plutôt en tant que pionnier d’une littérature fantastique espagnole pour ainsi dire inexistante à son époque, qu’il nous intéresse ici.

En dehors de la presse, les publications françaises anciennes des Leyendas de Gustavo Bécquer consistent à notre connaissance en trois volumes édités en 1877 (chacun contenant une seule Leyenda et tiré à 50 exemplaires), puis notre édition (treize Leyendas dont Le Christ à la tête de mort, La montagne des revenants, Le bracelet d’or, ainsi que Le Miserere, déjà parue en 1877), et enfin un fascicule, Nouvelles Espagnoles (1889), constitué de six des contes de notre édition (traduction anonyme). Légendes espagnoles a été réédité dans son intégralité en 1988 sous le titre Contes fantastiques. Il existe d’autres rééditions en recueil ou dans des anthologies, dont celle de Roger Caillois.

Il est question dans Le Miserere d’un musicien qui, pour expier « une faute », se promet décrire un tel morceau si « merveilleux que personne n’en a entendu de pareil, tel et si déchirant qu’en en écoutant les premiers accords, les archanges, les yeux inondés de larmes, diront avec moi, en s’adressant au Seigneur : Misericordia ! et le Seigneur aura pitié de sa pauvre créature. » Ce musicien arrive un jour dans une abbaye proche d’un monastère où, une nuit de jeudi saint, tous les moines furent massacrés… : « Il venait de voir, sous des capuchons relevés, les mâchoires décharnées, les blanches dents, les noires cavités des yeux de têtes de morts, et à moitié couverts de vêtements en lambeaux, les squelettes des moines précipités jadis, du portail de l’église dans le gouffre. Ils sortaient du fond de l’onde, s’accrochaient, avec les longs doigts de leurs mains osseuses, aux fentes des rochers… […] Les ossements des moines se recouvrirent de leurs chairs ; une auréole lumineuse brilla au-dessus de leurs fronts ; la coupole s’ouvrit et laissa voir le ciel semblable à l’océan lumineux accessible aux regards des justes… »

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