BULWER-LYTTON (Edward George). Une Étrange Histoire. Naumbourg, chez G. Paetz, libraire-éditeur, 1863. 6 tomes en 2 volumes ; demi chagrin bleu, dos à nerfs, titre, auteur et tomaison dorés (reliure de l’époque ; couvertures non conservées). Tomes 1-5 : 160 p. chacun. Tome 6 : 134 p. et 5 ff. (catalogue de l’éditeur). Le roman se termine p. 32 ; à la suite : La Belle Wilhelmine, conte humoristique, d’Auguste Nitot et Marina, souvenirs de la vie d’artiste à Rome (Émile de Laveleye). 95×137 mm. Quelques rousseurs et frottements aux plats ; exemplaire agréable.

800 euros

Première édition en langue française du roman occulte A Strange Story, que l’auteur fit paraître pour la première fois d’août 1861 à mars 1862 dans la revue All the Year Round, dirigée par Charles Dickens. Elle fait partie de la collection « Bibliothèque choisie » de l’éditeur.

Dans Épouvante et surnaturel en littérature, Lovecraft, tout en critiquant certains aspects de l’écriture de l’auteur, loue A Strange Story qu’il estime supérieur à Zanoni : « …l’ensemble possède un immense pouvoir d’évocation, suggère mille images provocantes, fourmille de descriptions, de tableaux mélodramatiques […] L’ouvrage recèle une des scènes les plus extravagantes et extraordinaires de la littérature fantastique. Le héros, poussé par un esprit diabolique qui a pris forme de lumière, se lève en pleine nuit et, tout en dormant, saisit une baguette magique égyptienne […] il [l’auteur] atteignait les plus cristallines essences de la peur. Peur s’élevant bien au-dessus des réalités terrestres et transcendant toute poésie… » (p. 58-60) La revue Le Voile d’Isis, qui publia à partir de 1920 la traduction de Jean Thuile, qualifia quant à elle Une étrange histoire de « plus belle œuvre magique écrite par un initié ».

Cette édition, publiée au cours du premier semestre 1863, reprend la traduction qu’Amédée Pichot donna du 1er novembre 1861 au 1er octobre 1862 dans la Revue Britannique. Dans la mesure où Paetz publiait des contrefaçons (par exemple, Le Capitaine Fracasse, un peu avant l’originale, ou encore Laura, de George Sand) et qu’Amédée Pichot ne se préoccupait pas des droits des auteurs qu’il traduisait dans la Revue Britannique*, on peut envisager qu’aucune de ces deux publications n’était autorisée.

Nous n’avons trouvé aucune trace d’une autre édition en français de ce roman, pour le dix-neuvième siècle (seulement la traduction de quelques pages dans le numéro de septembre 1896 de L’Initiation). Il n’en figurait pas dans le catalogue des éditions Hachette à la date 1880 – celui-ci était pourtant riche de quinze titres de l’auteur, dont Zanoni, initialement publié chez un autre éditeur.**

Plus précisément, cette publication semble à la fois (très ?) rare et mal connue, voire ignorée. Pas d’exemplaire dans la vente Guaita, où figuraient pourtant Zanoni [une réédition], La Maison hantée et La race future. Absente également de Bibliotheca Esoterica, Loliée, Oberlé, Saunier (Les Fatidiques). La bibliographie de la sorcellerie d’Yve-Plessis liste Zanoni et La Maison hantée mais ne mentionne pas ce titre (pas plus que Caillet qui, pourtant, en signale sept autres). Pas d’exemplaire dans le Catalogue collectif de France.

* « Amédée Pichot, en tant que directeur de la Revue Britannique, imprimait uniquement, en traduction française, des articles et des textes divers empruntés à des périodiques britanniques ou américains, sans verser un penny ou un cent à leurs auteurs.  » (Sylvère Monod, Les premiers traducteurs français de Dickens ; article paru en 1999 dans la revue Romantisme) La situation du roman de Bulwer-Lytton est comparable à celle de Jane Eyre dont une traduction parut en 1849 dans la version belge de la Revue de Paris avant d’être reprise la même année chez deux éditeurs belges coutumiers des contrefaçons (et seulement en 1855 en France).

** Ajoutons que sur certains exemplaires de notre édition, l’adresse sur la page de titre est Paris au lieu de Naumbourg.

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