BULWER-LYTTON (Edward George). Zanoni. Paris, Dumont, 1842. 2 tomes en 2 volumes in-8. Demi-basane brune, filets dorés, pièces de titre et de tomaison noires (reliure de l’époque). Fleurons à froid au dos. 356 et 338 p. 128×200 mm. Légers défauts aux reliures (petits manques de papier, coins et mors frottés – l’un est fendu sur quelques centimètres). Mouillure en bas des feuillets des deux volumes atteignant les deux dernières lignes dans le second volume. En dehors de ce défaut, l’intérieur est très bien conservé et l’exemplaire est globalement plutôt plaisant. Ex-libris Saur.
900 euros
Rare édition originale française de ce roman rosicrucien mettant en scène deux immortels. L’originale anglaise est également parue en 1842.
« Dans le chaos gigantesque régnant autour d’eux, les éléments luttaient, s’enflammaient, se confondaient. L’air et le feu, les ténèbres et la lumière se combattaient, la vapeur et le nuage se transformaient en montagnes, et le souffle de vie se mouvait tel qu’une splendeur profonde sur le tout. Tandis que la rêveuse regardait, frémissait, elle vit que les deux fantômes humains n’étaient pas seuls. Des formes monstrueuses que ce désordre engendrait, la première race colossale de reptiles, qui rampe sur les premières couches solidifiées d’un monde en travail pour arriver à la vie, se traînait, se pliait dans la matière boueuse… » (tome 2, p.173)
Lovecraft consacre un long passage à Bulwer-Lytton auquel il ne manque pas, toutefois, de faire certains reproches. « Le roman Zanoni contient des éléments semblables [à ceux de The Haunted and the Haunters] mais plus élaborés, construits d’une façon plus subtile. L’œuvre nous conduit dans les immenses espaces de l’inconnu, si proches de notre propre monde, et gardés par une horrible “habitante de la Grande Porte” ; cette habitante hante et poursuit tous ceux qui ont essayé d’entrer dans son domaine […] ».
La version française de ce roman qui a pu inspirer un peu Villiers de l’Isle-Adam pour Isis (et George Sand pour Consuelo) est due à Melle A. de Sobry, traductrice des précédentes œuvres de l’auteur et d’autres romans anglais. Il existe au moins deux contrefaçons belges à la même date. Elles sont rares, mais il est sans doute plus difficile de trouver l’originale que l’une d’elles. Par ailleurs, une nouvelle traduction parut chez Hachette en 1858 ; elle fut rééditée au moins trois fois au cours des décennies suivantes. Rappelons enfin que William Godwin, le père de Mary Shelley, avait déjà abordé le thème de la vie éternelle en 1799 dans Saint-Léon, un roman teinté de rosicrucianisme [voir la catégorie « Romans gothiques »].
Lovecraft : Épouvante et surnaturel en littérature, édition 10|18, p. 57-60. Notre édition est absente du catalogue Guaita.