Féval, Paul. Ensemble en reliures de l’époque regroupant les éditions originales des 14 volumes de la série des Habits Noirs (2 volumes par épisode). Les Habits Noirs (Paris, Hachette, 1863), Cœur d’acier (Paris, Hachette, 1866), L’Avaleur de sabres (L’Avaleur de sabres et Mademoiselle Saphir, Paris, Dentu, 1867), La Rue de Jérusalem (La Rue de Jérusalem et Les Demoiselles de Champmas, Paris, Dentu, 1868), L’Arme invisible (L’Arme invisible et Maman Léo, Paris, Dentu, 1869-1870), Les Compagnons du Trésor (L’Aventure de Vincent Carpentier et Histoire d’Irène, Paris, Dentu, 1872), La Bande Cadet (Une Evasion et un Contrat et Clément le Manchot, Paris, Dentu, 1875). Pièces de titre et de tomaison des quatre derniers volumes refaites.
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Exceptionnel exemplaire de cette œuvre majeure que Jean-Pierre Galvan, spécialiste de l’auteur, commente en ces termes : « Les Habits Noirs, à l’origine simple reprise sur le mode criminel du Bossu, méritent au même titre que ce dernier de figurer au Panthéon de la littérature populaire du XIXe siècle, voire à celui de la littérature romanesque tout court. […] Conçus à l’origine comme une succession de romans indépendants, Les Habits Noirs se muèrent peu à peu – et non sans difficultés en ce qui concerne la chronologie – en chronique, véritable “comédie humaine” du crime. Reprenant le procédé balzacien des personnages reparaissant, Féval y donna sa vision de l’“envers de l’histoire contemporaine”. Stigmatisant la décadence de l’organisation sociale au lendemain de la Révolution, chacun des sept épisodes de la série conte les machinations criminelles d’une mystérieuse et toute puissante association de malfaiteurs sous la Restauration, la Monarchie de Juillet et les premières années du Second Empire. […] L’intérêt romanesque exercé par l’association secrète autant que son admiration pour Balzac conduisirent, en 1869, Féval à vouloir donner une ampleur nouvelle à la série. Dans un avant-propos à L’Arme invisible, il retraça l’histoire supposée de l’association, révélant à ses lecteurs l’existence des ramifications occultes qui reliaient les Habits Noirs aux différentes autres associations évoquées dans ses précédents romans [Les Compagnons du Silence, Jean Diable]. Ainsi, étendant dans l’espace et dans le temps le champ d’intervention de la redoutable société secrète et préfigurant en cela les agissements à venir de la Mafia, Féval en accentuait de façon vertigineuse la puissance. Dans le même temps, il donnait une cohésion nouvelle à toute une partie de son œuvre qu’il élevait au rang de véritable “comédie inhumaine” »*
Enfin, comme le souligne Jean-Pierre Galvan, on peut estimer que la plus « authentique » des créations fantastiques de Féval aura été l’étrange « Père à tous », le colonel Bozzo des Habits Noirs, « figure à la fois réelle et surnaturelle, fantôme et chef de bande, vieillard impotent et puissance occulte » dont la présence comme l’absence terrorise, dont l’énoncé du nom fait trembler les plus forts. « Ombre fantasmatique, il couvre toutes les couches de la société et génère dans les seuls épisodes de la série plus de mystère et de terreur que tous les vampires et autres apparitions surnaturelles dans l’œuvre entière de Paul Féval. »
* Jean-Pierre Galvan : Paul Féval, Parcours d’une œuvre, Encrage, 2000, p. 50 et 63-64. Voir également Carole Bliss Ntsame Mve : L’Art du feuilleton dans les « Habits Noirs » de Paul Féval, Thèse de littérature française sous la direction de Thorel-Cailleteau, Sylvie, Lille, Université Lille 3, 2012. Cette autrice parle de « romans d’une rare beauté ».



