GRAINVILLE (Jean-Baptiste Cousin de). Le dernier homme, ouvrage posthume. Paris, Deterville, 1805. Deux tomes in-12 en un volume ; cartonnage de papier chamois, pièce de titre rouge (époque). Faux-titre, titre, 200 p. ; 175 p. , 1 ff (Fautes à corriger). Entièrement non rogné, 178×102 mm. Défauts mineurs (dos plus sombre que les plats, un peu gauchi ; quelques taches sur le cartonnage [légèrement restauré ?], ainsi que sur quelques feuillets…), état très satisfaisant. Ex-libris Pierre Sédille. Une lettre de 3 pages de l’éditeur adressée à la sœur de l’auteur : « A Madame de Grainville / à Amiens » est jointe, montée sur onglet.

3800 euros

L’originale, remarquablement truffée

Édition originale à la bonne date de ce beau et très impressionnant roman précurseur de la littérature conjecturale, publié quelques mois après le suicide de l’auteur. La plupart des exemplaires que l’on rencontre ont les titres renouvelés à la date 1811, à la suite de la remise en vente initiée par Charles Nodier, qui pourvut à cette occasion l’ouvrage d’une préface dans laquelle il rendit hommage au Chevalier Croft. Celui-ci avait en effet attiré l’attention sur cette œuvre.

La lettre insérée, datée du 7 mars 1812, est la réponse de l’éditeur Deterville à un courrier du 18 février que lui a fait parvenir Madame de Grainville par l’intermédiaire de Croft. Elle est d’une très grande importance en ce sens qu’elle apporte des informations jusqu’ici inconnues, relatives aux deux tirages et aux ventes. On apprend que l’édition originale a été tirée à 1000 exemplaires, et que 234* d’entre eux étaient écoulés au 31 octobre 1807, date à laquelle les ventes étaient définitivement taries. De plus, à la suite de la seconde commercialisation (et jusqu’au 7 mars 1812, bien sûr), 196 exemplaires avec les titres renouvelés furent également vendus. Il est intéressant de comparer ces chiffres avec ceux, absolument fantaisistes, annoncés par Nodier en 1835 : « en 1810 enfin, il y avait cinq ans que le Dernier Homme avait été imprimé, et cinq exemplaires en avaient été vendus. Nous fûmes beaucoup plus heureux. Nous en vendîmes dix. Le demeurant passa sans doute à la beurrière ou au pilon, et revêt, selon toute apparence, en maculatures ou en cartonnages, les vers et la prose que vous connaissez… » (Revue de Paris, Tome XIV, 1835, février)

Cette lettre permet aussi de connaître le nombre exact d’exemplaires ayant conservé leur condition d’origine – en raison du service de presse, des cadeaux et des exemplaires fournis à la police ou réservés à la sœur de l’auteur, il est supérieur de plusieurs dizaines à 234. On apprend de même l’identité d’une des personnes en ayant reçu un : un certain Leulier.

L’initiative de Nodier permit de rétablir l’équilibre financier de l’édition du roman : « Comme nous sommes en bénéfice je ne parle point de la petite banqueroutte que j’ai essuyée sur la vente de ce livre… » Il est question à la fin du Chevalier Croft qui a « pris la peine de passer » chez Deterville : ce dernier lui aurait remis cette lettre à porter s’il avait été présent.

Traduit dès 1806 en anglais, Le Dernier Homme pourrait avoir inspiré à Mary Shelley l’idée de The Last Man (1826), mais les deux œuvres sont très différentes.

* Et non pas une quarantaine, comme on le lit parfois.

Retour en haut