Collin de Plancy (Jacques). Histoire des vampires et des spectres malfaisans avec un examen du vampirisme (Masson, 1820) / Infernaliana (Sanson, 1822). Reliés avec La Sorcellerie de Charles Louandre (Hachette, 1853) et Mesmer et le magnétisme animal, d’Ernest Bersot (Hachette, 1853), soit quatre tomes en un volume (demi-veau rouge de la seconde moitié du dix-neuvième siècle). Le faux-titre des deux derniers ouvrages cités, ceux de Louandre et Bersot, manque (pas de trace d’arrachage). 100×157 mm (feuillets un peu plus rognés sur la hauteur que sur la largeur)

1900 euros

Edition originale pour chacun des quatre titres.

On a longtemps affirmé que Charles Nodier était l’auteur du recueil Infernaliana, mais il paraît définitivement acquis que cette attribution qui découle de la présence au titre de la mention « Publié par Ch. N*** » est erronée. La paternité de cette compilation de récits dont certains mettent en jeu des vampires, et qui, selon l’Avertissement, sont inspirés de traités anciens tels que celui de Calmet, ou bien dus à l’imagination de l’auteur, revient a priori à Collin de Plancy.*

L’Histoire des Vampires, non signé, a sans doute également pour auteur Collin de Plancy. Ce livre se présente quant à lui comme un traité. Il est structuré en trois parties comprenant notamment des récits du même type que ceux d’Infernaliana, et se conclut par une longue bibliographie commentée consacrée aux « nouveautés sur les vampires, les spectres, les loups-garoux, etc., etc. » – près de 30 titres répartis sur dix-sept pages. C’est un ouvrage que l’on trouve difficilement avec le frontispice et sans mention d’édition. En effet, les exemplaires sont rares et, de plus, ceux que l’on rencontre sont souvent incomplets de la planche en question, ou bien possèdent une mention de deuxième ou troisième édition. Certains ont les deux défauts.

Ces deux livres offrent un témoignage remarquable des tout débuts de l’exploitation du thème du vampire en France. Cependant, leur intérêt ne se limite pas à cela puisque, si l’on fait exception du domaine littéraire, ce sont également les deux titres les plus importants du dix-neuvième siècle. Histoire des Vampires est en effet le seul ouvrage consacré au thème et, de plus, son contenu ne manque pas d’intérêt. Infernaliana, en raison de son association à Nodier – certes injustifiée, mais durable** – occupe une véritable place dans le champ vampirique. Nodier étant systématiquement évoqué quand il s’agit de discuter de la naissance du vampire littéraire, il en est mécaniquement de même pour ce recueil. Son ancrage au genre tient aussi à l’Avertissement mentionné plus haut qui, là encore de façon trompeuse, traite presque exclusivement de vampirisme alors que ce sujet n’est pas le plus représenté. Précisément, d’autres compilations de l’époque proposent des contenus comparables à celui d’Infernaliana, mais le thème du vampire n’est pas mis en exergue comme ici, il se dilue dans l’ensemble.

Notons enfin que si Nodier entrevit la portée du thème dès la publication de la traduction de la nouvelle de Polidori, en juin 1819, Collin de Plancy, bien que très avisé lui aussi, réagit beaucoup plus tardivement. En effet, il ne l’exploita ni dans Démoniana, ni dans son Dictionnaire de la folie et de la raison. Pourtant, ces livres, qui se prêtaient à de tels développements, furent commercialisés en 1820, plusieurs mois après la sortie très remarquée du roman Lord Ruthwen ou les Vampires (février). De plus, le Dictionnaire de la folie et de la raison a probablement été conçu postérieurement aux premières représentations triomphales du mélodrame de Nodier, en juin. Une telle omission de la part de l’auteur du Dictionnaire infernal est d’autant plus surprenante que l’on trouve des récits vampiriques dans la compilation Histoire des fantômes, parue vers février 1819, à laquelle il a certainement participé. Le mot « vampire » figure même au titre.

Sans doute, Collin de Plancy chercha-t-il ensuite à rattraper son erreur, d’abord en publiant cette Histoire des Vampires, peu après, fin 1820, puis Infernaliana dont la mention trompeuse sur la page de titre était susceptible d’attirer le lectorat de Nodier, spécialiste du genre. Pour sa part, ce dernier avait déjà renoncé aux vampires lorsque le livre sortit : il ne publia rien entre Smarra ou les démons de la nuit (1821) et Le Docteur Guntz (1832).

Manque de papier au premier plat de la reliure. Cachet de la Bibliothèque Valpré (Ecully)*** sur les deux gardes volantes ainsi qu’au titre du livre de Louandre. Bon état intérieur (quelques rousseurs ou taches, un petit manque angulaire à un feuillet d’Infernaliana…) Notre volume porte la tomaison 15 et, en dessous : « Sorcellerie, Spectres, Démons, Magnétisme ».

* Cette paternité n’était pas admise par tous à l’époque. Quérard émettait des doutes, Pigoreau affirmait que Nodier n’était pas l’auteur et un article de journal de 1822 évoquait une « petite supercherie de librairie » (La Quotidienne, 15 octobre). Voir Jacques-Rémi Dahan : « Infortunes des initiales, ou Charles Nodier mystifié », dans Dérision et supercherie dans l’œuvre de Charles Nodier (sous la dir. De J. Geoffroy), Dole, éd. de La Passerelle, 2009, p. 71-94. La première communication de cette découverte date de 2008. Les arguments développés par J.-R. Dahan, spécialiste de Nodier, sont très convaincants. L’attribution à Collin de Plancy, qu’affirmait ce dernier, est quant à elle très probable.

** L’article de J.-R. Dahan reste peu connu et de fait, ses conclusions sont souvent ignorées.

*** Cette bibliothèque est aujourd’hui démantelée ; nous joignons un certificat de cession.

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