[Lautréamont, Comte de (pseudonyme d’Isidore Ducasse)]. La Jeune Belgique. 5e année. Tome IV, N° 10, 5 Octobre 1885. Bruxelles, 1885. Bradel papier fantaisie noir, titre en long (reliure de Goy et Vilaine). La pagination va de 477 à 520. Couvertures conservées. Un petit manque au second plat et une déchirirure recollée, un petit manque angulaire à un feuillet, quelques rousseurs sans gravité. Très bon état général. 160×251 mm. Exemplaire sur Hollande.

vendu

Exemplaire sur grand papier

C’est dans ce numéro désormais célèbre de La Jeune Belgique que figure un extrait du premier des six Chants de Maldoror (p. 496-500). Cette publication avisée dans l’une des plus importantes revues de l’avant-garde littéraire et artistique belge de la fin-de-siècle constitue le premier pas vers la mise au jour de l’œuvre singulière d’Isidore Ducasse.

Rappelons que la première édition des Chants de Maldoror, imprimée à compte d’auteur en 1869, ne fut pas mise dans le commerce. En effet, l’éditeur, le Belge Albert Lacroix, qui jugeait que l’auteur peignait la vie « sous des couleurs trop amères », craignit la censure avec laquelle il avait régulièrement maille à partir. Il donna quelques exemplaires au jeune écrivain, qui n’avait pas fini de le payer. Celui-ci mourut en novembre 1870, à Paris, l’âge de 24 ans. Les exemplaires restants, qui avaient été cédés à un confrère, Jean-Baptiste Rozez, furent remis en vente en 1874 avec la couverture et le titre renouvelés. Cependant, le livre ne se vendit pas et l’éditeur laissa le stock dans sa cave.

« C’est le jeune écrivain Max Waller, habitué de la librairie Rozez, qui déniche, ou à qui l’on indique, un livre qui ne se vend pas. Il en achète un exemplaire et l’emporte avec lui au café Sésino dans lequel, à Bruxelles, se réunissent les membres de la revue La Jeune Belgique. En ce qui le concerne, sa première réception est plutôt moqueuse, ce qui ne sera pas le cas de celle de l’un de ses confrères, le poète Iwan Gilkin. Après discussion, la onzième strophe du premier des Chants de Maldoror paraît dans le numéro d’octobre 1885, accompagnée de la promesse d’une étude qui ne paraîtra jamais [note en bas de la p. 496]. Cet événement sort Lautréamont du néant, même si le livre ne rencontre d’abord qu’un écho sympathique et un intérêt poli, et l’ouvrage commence alors à circuler. […] Ainsi l’invention de Lautréamont est-elle lente parce que son livre met du temps à voir le jour et qu’il n’est d’abord pas pris au sérieux. Les Chants de Maldoror sont d’abord, en Belgique, une curiosité. Mais, à partir du moment où il est lu, son influence commence à s’exercer. » (Christophe Cosker, Inventions du mythe littéraire de Lautréamont)

Les collaborateurs de La Jeune Belgique, véritables inventeurs de l’œuvre, diffusèrent l’ouvrage auprès d’écrivains français, dont Bloy, qui l’évoqua dès 1886 dans Le Désespéré. Cependant, la consécration ne vint que plus tard, après la publication de l’édition Genonceaux en 1890.

Ce tirage sur grand papier n’est pas justifié ; son existence est probablement peu connue.

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