[Sade, Donatien, Alphonse, François]. La Rocambole, ou Journal des honnêtes gens, rédigé par Dom Régius Anti-Jacobinus. Du Dimanche 4 Décembre 1791, N° 47. Un fascicule broché, non rogné, paginé de 517 à 532. 140×210mm.
500 euros
Une recension inconnue ?
Parmi les articles de ce journal politique bihebdomadaire, figure une « Lettre au rédacteur », signée M… Elle occupe un peu plus d’une page et est consacrée à la publication de Justine ou les malheurs de la Vertu [l’originale ou la deuxième édition]* : « Monsieur, que de fruits amers n’a pas déjà produit la liberté indéfinie de la presse ? Quel corps respectable, quel homme vertueux n’a pas été victime des calomnies les plus atroces ! Mais, Monsieur, cette liberté n’avoit encore que délayé ses poisons….. Ils viennent d’être recueillis tous, et il en a été formé un monstre contre lequel il est bon de prévenir les pères de famille et les âmes honnêtes… Il paroît, depuis quelques jours, au Palais-royal, une brochure sous le titre de Justine ou les malheurs de la Vertu.– On diroit que l’on n’a eu pour but que l’apologie de tous les vices, et la destruction de toutes les vertus sociales et même naturelles. Il a paru, à la vérité, quelques ouvrages contres les mœurs ; mais écrits avec légèreté , ils ne pouvoient corrompre le cœur […] Et celui-ci, outre qu’il renferme les maximes les plus dangereuses, les situations les plus horribles, les tableaux les plus obscènes, les sophismes les plus hardis, est malheureusement, quoi qu’en deux volumes, d’un prix si médiocre, qu’il tombera inévitablement dans les mains même de la classe la moins instruite, et par conséquent la moins en garde contre les raisonnemens spécieux de cette philosophie moderne […] Cependant nous devons l’avouer, cet ouvrage ne nous a inspiré que l’horreur du vice ; mais nous ne conseillons à personne d’en faire usage….. Un remède violent produit si rarement un effet salutaire ! »
Se référant à J. J. Pauvert, l’édition de La Pléiade** indique que la première recension connue du roman date du 15 décembre (Feuille de Correspondance du Libraire, 1791, XV) mais la nôtre est antérieure et, par ailleurs, beaucoup plus longue. Le ton employé est quant à lui plus virulent. En effet, l’auteur du second article « accepte le point de vue qui est défendu par le début du roman : “Si pour faire aimer la vertu on a besoin de connaître l’horreur du vice toute entière […] ce livre peut être lu avec fruit.” Mais il estime limitée la portée morale du livre sur les vrais débauchés […] Le ton n’a rien de commun avec l’hystérie qui va être bientôt de mise dès qu’il sera question de Sade. »
Etat satisfaisant (très légers défauts). Rare
* Aucune des informations fournies ne permet d’identifier l’édition. Rappelons que dans une lettre datée du 12 juin 1791, le marquis annonçait à Reinaud, son avocat d’Aix en Provence : « On imprime actuellement un roman de moi […] On l’appelle Justine ou les malheurs de la vertu ». La situation est différente pour l’article de la Feuille de Correspondance du Libraire, où la collation est précisée (il s’agit de celle de l’originale). Le fait que ce dernier soit daté de décembre ne prouve pas que le roman ait été publié ce mois, ni même en septembre, octobre ou novembre…
** Justine et autres romans, 2014, p. 906




