Représentation sommaire des Signes Miraculeux qui ont esté faicts à la gloire de Dieu & de son Eglise, en la sortie des sept démons qui possedoient le Corps de la Mère Prieure des Religieuses Ursulines de Loudun ; s.l., s.e., s.d. (1637). Édition originale. Yve-Plessis 1317. Broché, 3 p. 170×223 mm. Restauration de papier à la charnière, sans atteinte au texte.

2300 euros

Un document d’une grande rareté

Le début du texte est consacré à un résumé des grandes étapes de la possession des Ursulines depuis le début (1632) jusqu’au moment où les exorcismes révèlent, en 1634, que la prieure Jeanne des Anges est possédée par sept démons. Pas une fois, Urbain Grandier n’est cité [concernant le déroulé de l’affaire de Loudun, le rôle du curé de Loudun et ses rapports avec les différents protagonistes de l’affaire, voir la fiche précédente]. Le texte relate ensuite la sortie des démons : « Les trois premiers furent chassez le Samedy vingtiesme May de la mesme année à cinq heures apres midy, et firent chacun à la veuë d’vn nombre infiny de personnes de toutes qualitez, vne playe auec effusion de sang au dessoubs du cœur de la Religieuse pour signe de leur sortie ainsi qu’ils l’auoient publiquement promis à l’Exorcisme du Mardy precedent : Le Père Lactance estant decedé en ce peinible exercice on mist à sa place le Pere Surin Iesuitte, lequel apres un long et violent combat chassa le Demon Leviatan le cinquiesme iour de Novembre (…) le Demon sortit, et on vid les Lettres du nom de JOSEPH naistre et se former sur cette main successivement l’vne apres l’autre, à la grande admiration de tous les spectateurs qui en ont donné leurs tesmoignages. Le sixiesme de Ianvier de l’année suivante mil six cens trente-six, iour de l’Epiphanie, Yzacaron fut chassé (…) Behemot qui restoit seul dans le corps de cette fille… » (p. 2)

Concernant le besoin qu’éprouvait Jeanne de se mettre en scène, Robert Mandrou notait : « Jeanne se déclare guérissable, si elle peut se rendre en Savoie sur le tombeau de saint François de Sales : voyage triomphal via Paris, où Jeanne est présentée par Laubardemont à Richelieu (qui lui donne cinq cents écus et une escorte), et au couple royal à Saint-Germain : au retour, Jeanne des Anges est présente à la naissance de Louis XIV auprès d’Anne d’Autriche qu’elle touche de sa chemise embaumée par un onguent divin… Les exorcismes prennent alors fin et l’exhibitionnisme sacré de la prieure se ralentit peu à peu sous la direction du père Saint-Jure. » (p. 210-219)

Bien sûr, nombre de contemporains de l’affaire doutèrent de la réalité de la possession mais Jeanne des Anges acquit cependant aux yeux de beaucoup d’autres une extraordinaire réputation de sainteté. Le père Surin dont il est question ci-dessus, attaché dès la fin 1634 à diriger la prieure, à la ramener à une vie religieuse ordinaire, verra son équilibre mental profondément affecté : il sera happé à son tour, se croira damné, souffrira momentanément d’aphasie : « mené un temps au bord de la folie », par cette « extraordinaire aventure spirituelle », il vivra une « longue nuit d’une dizaine d’années » (Mandrou). Il ne parviendra pas à ce que Jeanne se départisse totalement du goût du spectacle. Notons aussi que des filles séculières furent « contaminées » en assistant aux exorcismes publics.

Absent de Bibliotheca Esoterica, et des catalogues des ventes Maurice Garçon, Max (qui comportait 9 titres d’époque sur la possession de Louviers), Bechtel, Guaita, Lambert, Gruaz.

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