Dumas, Alexandre. Le Médecin de Java. Collection Hetzel, Leipzig, Alphonse Dürr ; s.d. (1859). Trois tomes en deux volumes ; demi-basane marron, tranches mouchetées (reliure de l’époque). 213 pages, 1 ff. ; 218 pages, 1 ff. ; 198 pages, 1 ff. Couverture non conservée. 112×172 mm. Cachet de la famille princière Von der Leyen. Un dos un peu gauchi, un mors restauré, décolorations au dos du second volume ; papier en bel état de conservation. 111×170 mm.
380 euros
Alexandre Dumas père et les vampires
Édition originale non citée par Vicaire et Clouzot, qui ne connaissent que la réédition chez Michel Lévy, parue en 1870 sous le titre L’Île de feu. Elle a été commercialisée à la fin de l’année 1859 ou au début de 1860 (le numéro du 4 novembre de l’Indépendance belge l’annonce « en préparation »).
Cette Collection Hetzel dans laquelle parurent notamment Avatar et Jettatura, de Gautier, fut créée par l’éditeur durant son exil en Belgique, de 1851 à 1859 ; elle avait pour objectif de lutter contre les contrefacteurs sur leur terrain et s’appuyait en particulier sur le fait que les acheteurs avaient l’assurance de bénéficier de textes soigneusement revus avant impression. Hetzel faisait imprimer ces ouvrages – à ne pas confondre, justement, avec les contrefaçons, auxquelles ils ressemblent souvent – et les fournissait ensuite aux libraires en faisant « tirer, suivant les besoins, des titres et des couvertures au nom de chacun de ces vendeurs » [Michel Lévy, Hachette, Méline Cans et Compagnie, … , Doorman, Alphonse Dürr]. « Bien que ces titres diffèrent par l’adresse et le nom des libraires, le corps de l’ouvrage est toujours identique. » Le Médecin de Java existe d’ailleurs aussi à l’adresse bruxelloise Méline, Cans et Compagnie (sans date ; même collation). Selon les cas, il pouvait être indiqué : « Édition spéciale pour la France, interdite à l’étranger », ou bien : « Édition autorisée pour la Belgique et l’étranger, interdite pour la France ».
Lors de son exil belge, de 1851 à 1853, et les années suivantes, Alexandre Dumas fit paraître plusieurs titres inédits dans cette Collection Hetzel, dont ses Mémoires. Cet épisode lui permit aussi d’entamer une collaboration avec le marquis de Cherville, produisant plusieurs œuvres d’une coloration nettement fantastique, plus novatrices ou personnelles que celles qu’il avait écrites auparavant (à savoir Le Château d’Eppstein, en 1843, puis six autres titres pour la seule année 1849). Ainsi devons-nous en particulier à cette rencontre Le Meneur de loups (1857, [ici]), qui aborde le thème de la lycanthropie (le marquis était spécialiste de la littérature cynégétique), et Le Médecin de Java, l’une des trois incursions de l’auteur dans le thème du vampire, avec La Dame pâle et la pièce intitulée Le Vampire.
Ce roman, peu connu, dans lequel le thème du vampire joue un rôle (certes, pas majeur), « est sans doute un des tout premiers, dans l’histoire de la littérature fantastique, à mêler magie blanche, magie noire, folklore local, exotisme et surnaturel, à unir le fantastique occidental à un certain fantastique venu de l’Extrême-Orient. Rien que pour cette raison, parce qu’il surgit près de cent ans avant les romans écrits entre autres par Graham Masterton et ses émules, il constitue, au sens premier du terme, un ouvrage fondateur » (J. B. Baronian, qui fait remarquer par ailleurs que contrairement à nombre de ses confrères qui s’adonnèrent avec enthousiasme à la littérature fantastique dès les années 1830, quand la mode fut lancée par les traductions d’Hoffmann, Dumas se pencha sur ce genre seulement après avoir écrit ses principaux drames et ses romans historiques – tardivement, par conséquent).
Le remarquable marquis de Cherville, qui ruina la femme qu’il avait épousée pour sa fortune et vécut avec ses maîtresses successives, a fait l’objet d’un essai de Guy Peeters : Gaspard de Cherville, l’autre « nègre » d’Alexandre Dumas.
Source principale : Jean-Baptiste Baronian : sa préface à L’Ile de feu (Manitoba/Les Belles Lettres ; collection Le Grand Cabinet Noir ; mai 2002) ainsi que L’attrait du fantastique ; septembre 2002. Un résumé du livre, par Marie Douville, figure sur le site dumaspere.com. Pour les informations sur la Collection Hetzel : Vicaire II, page 707-709.
Autres titres de Dumas en lien, sur ce site : Le Vampire (ici) et Les Mille et un Fantômes (ici)




