Chamisso, Adelbert von. Pierre Schlémihl. Paris, Ladvocat, 1822. in-12, demi-basane fauve, dos lisse orné de filets dorés et simple feston en pied, tranches jaunes (reliure de l’époque). (xij), 184 p. 164×97 mm. Deux mors restaurés. Bel exemplaire.
3500 euros
Très rare édition originale française de cet important récit fantastique.
Ce court roman parut en Allemagne en 1814. Il remporta un vif succès, ce qui incita l’auteur à initier une version française. Il s’adressa à son frère, qui le traduisit a priori en 1819 (pas après en tout cas). Craignant de ne pas être parvenu à rendre fidèlement le texte original, ce dernier demanda à Adelbert de la réviser. Le manuscrit corrigé par l’auteur est conservé aujourd’hui en Allemagne et numérisé, ce qui permet de constater que les modifications sont très importantes. Une version mise au propre fut certainement expédiée ensuite en France, à destination de Ladvocat. D’après Amédée Pichot, l’éditeur demanda à Nodier de la mettre en meilleur français, mais celui-ci émit l’idée de réécrire l’histoire à sa manière « en laissant de côté l’ouvrage allemand ». Il demanda pour cela une avance à Ladvocat qui n’était pas en fonds à ce moment. L’éditeur se tourna alors vers Pichot, qui se contenta d’éplucher les germanismes trop choquants du texte.
Ladvocat n’eut pas de scrupule à laisser attribuer parfois le livre à Nodier, et le bibliothécaire de l’Arsenal reçut ainsi un an plus tard la visite inopinée de l’auteur qui se croyait victime d’un plagiat – Adelbert n’avait pas remarqué que son nom figurait à la fin de l’Avertissement de l’Auteur.
Par la suite, Pierre Schlémihl connut de nombreuses éditions françaises, dont au moins quatre nouvelles traductions avant 1850.
Source : René-Marc Pill, sauf pour la date 1819, dont il n’a pas connaissance : « La genèse de la première édition française de Peter Schlemihl » (Cahiers d’Études Germaniques, 1986).
Rappelons que l’auteur, issu d’une famille aristocratique, avait dû émigrer outre-rhin au moment de la Révolution. Il était âgé de dix ans. Il disait se sentir étranger partout ; peut-être doit-on y voir la motivation de cette histoire dans laquelle le héros se retrouve privé d’une part de lui-même ?




