Mérimée, Prosper. Dernières Nouvelles de Prosper Mérimée, de l’Académie Française. Paris, Michel Lévy, 1873. Demi-maroquin à coins, attribuable à Champs, couvertures conservées (pas le dos). 356 p. et 2 ff. (117×189 mm). Bel exemplaire, à belles marges (quelques décolorations et frottements à la reliure, salissures à la couverture et accrocs au premier plat de celle-ci, doublée avec le feuillet de brochage [les accrocs près de la charnière sont dus à la colle]). Un des dix exemplaires sur Hollande, seul grand papier selon Vicaire (V, p. 740). Il contient bien la vignette p. 184, qui ne figure pas dans tous les exemplaires. Provenance : n° 318 de la vente Meilhac du 27 avril 1922 (note ancienne au recto du second plat de couverture, doublée elle aussi).
2500 euros
Édition originale de ce remarquable recueil de sept nouvelles paru trois ans après la mort de l’auteur. Lokis, Il Viccolo di madama Lucrezia et Djoumane relèvent pleinement du registre fantastique. Le coup de pistolet, Federigo et Les sorcières espagnoles « y touchent » (Pierre-Georges Castex).
Il viccolo di madama Lucrezia dont le manuscrit porte la date 1846 était entièrement inédite. Lokis, parue dans la Revue des deux Mondes en 1869, Djoûmane (1873), Le Coup de pistolet, traduit de Pouchkine (1856) et Les Sorcières espagnoles (1833) avaient quant à elles été publiées dans la presse, mais jamais en librairie. Federigo parut la première fois en 1829, puis fut intégrée au recueil Mosaïque (1833). La Chambre bleue, elle non plus, n’est pas en originale.
Mérimée compte parmi les maîtres du fantastique français du XIXe siècle.* Il s’y livra durant toute sa longue carrière. A l’instar de Charles Nodier, il fut même un précurseur puisque ses premières publications précèdent la vague de traductions d’Hoffmann, qui donna naissance au genre (voir notre introduction).
Le chapitre que P. G. Castex lui consacre dans Le Conte fantastique en France de Nodier à Maupassant s’ouvre par une citation de Sainte-Beuve : « Mérimée ne croit pas que Dieu existe, mais il n’est pas bien sûr que le diable n’existe pas. » Ce point de vue illustre le rapport de l’auteur au fantastique, et, plus précisément, aide à appréhender la part de sincérité et d’artifice (« indéniablement plus grande ») dans ses récits si bien ciselés. Castex précise que « Mérimée est trop intelligent à la fois pour nier l’existence d’un monde inconnu et pour croire aux chimères que l’imagination enfante dans le dessein plus ou moins clair de donner à ce monde une réalité sensible. Aux fictions surnaturelles, il est complaisant, car elles transposent des inquiétudes dont un esprit vraiment profond ne saurait jamais se dire tout à fait affranchi ; mais non pas crédule, car elles empruntent des formes dont l’intelligence critique dénonce aisément l’illusion. »
* « Si, après 1772, après Cazotte, c’est en Angleterre qu’il faut chercher le premier grand auteur fantastique – James Hogg, en 1824 [The Private Memoirs and Confessions of a Justified Sinner] –, c’est en France qu’on rencontre les deux suivants : Prosper Mérimée en 1829 (Vision de Charles XI ; de nouveau en 1837 avec La Vénus d’Ille, en 1869 encore avec Lokis), puis Théophile Gautier en 1836 (La morte amoureuse ; Spirite est de 1866 […] » (Genèse d’un genre narratif, le fantastique [essai de périodisation], cité dans notre introduction, p. 34).







