Boucher de Perthes (Jacques). Nouvelles. Paris, Treuttel et Wurtz, 1832. In-8, broché. Faux-titre, titre, 388 pages (113×179 mm). Édition originale. Bel exemplaire (rousseurs éparses, plutôt au début et à la fin, dos incurvé et légèrement éclairci).
700 euros
Paru à la fin de l’année 1831, le recueil débute par Paola, un récit de près de 130 pages dont l’héroïne éponyme peut être considérée comme un vampire ou, sinon, comme une créature apparentée. La lecture de Sous dix Rois : Souvenirs de 1791 à 1860, que l’auteur publia ultérieurement, nous apprend que ce récit a été écrit en 1823* et qu’il s’inspire de faits s’étant déroulés en 1806 à Gênes, où Boucher de Perthes vivait alors. Selon la rumeur, une certaine comtesse, censée être âgée de deux-cents ans, « extrêmement pâle », avec « dans les yeux quelque chose qui n’était pas de ce monde », était un vampire [Jules Janin évoque également, mais très brièvement, cette histoire dans Petits Romans d’Hier et d’Aujourd’hui ; 1869, page 208. Il ne donne pas sa source]. Cela étant, le terme n’apparaît qu’une seule fois, à l’occasion de la relation de la résurrection de Paola : « Alphonse ne vit dans tout ce récit qu’une vieille histoire de vampire qu’il avait souvent entendu raconter dans son enfance, et qu’on disait être arrivée en Hongrie ». On apprend par ailleurs à la lecture de Sous dix Rois que Boucher aurait « entassé » dans cette histoire tout ce qu’il a pu imaginer d’invraisemblable, de faux, d’impossible même… pour faire « ressortir l’absurdité [des] romans à fantômes alors à la mode ».
Que l’auteur – qui ne dédaignait pas le genre sombre – soit sincère ou pas en décrivant ainsi son projet, Paola est en tout état de cause un texte remarquable, et c’est en outre le premier depuis la Vierge de Hongrie de Lamothe-Langon, sept ans plus tôt, à se rattacher d’aussi près au thème qui nous intéresse ici. Mais il est vrai que le personnage du vampire peina un peu à trouver sa place dans la littérature française. Comme nous l’avons en effet indiqué dans l’introduction, il semble que les vrais débuts se situent à partir de 1835 environ (voir notre bibliographie [ici]).
Boucher de Perthes, dont les centres d’intérêt étaient éclectiques, est surtout connu pour ses importants travaux sur la préhistoire. Il mérite toutefois une véritable place dans la genèse de la littérature vampirique française.
* A notre connaissance, cette date de rédaction de Paola n’avait jamais été signalée avant notre bibliographie.
Boucher de Perthes : Sous dix Rois. Tome 1 (lettres 30, 32 et 49 : il est question dans cette correspondance avec différentes personnes qui date de 1806-1807 des rumeurs qui couraient alors à Gênes) ; tome 4 (lettre 555) ; tome 7 (lettre 1172). Paola est aussi évoquée dans le roman Emma, que Boucher publia en 1852 (lettre 107).





