Aimard, Gustave. Les Vaudoux. Paris, Amyot, 1867. Un volume broché de 4 ff. dont un blanc, 404 p. et 1 ff. (table). 120×188 mm. Petits manques au brochage, surtout au dos, renforcé en bas et en haut. Premier plat de couverture habilement recollé. Bon exemplaire. Édition originale.
80 euros
Édition originale de ce roman autour du thème du vaudou. Il était paru peu de temps avant dans la presse sous le titre Les cannibales de Saint-Domingue. L’histoire intègre des éléments d’une célèbre affaire s’étant déroulée trois ans plus tôt à Haïti. Une petite fille avait été sacrifiée par ses deux tantes à Bizoton, près de Port-au-Prince, et mangée dans le cadre d’un rite vaudou. La réalité des faits n’est cependant pas tout à fait certaine, les aveux des protagonistes ayant été obtenus par la torture. La presse française avait rendu compte du procès (par exemple le 5 avril 1864 dans Le Petit Journal).
Ainsi que le note Alfred Métraux dans Le vaudou haïtien (1958), Gustave Aimard représente les sectateurs du vaudou comme des « fanatiques assoiffés de sang et de pouvoir ». Plus généralement, il était habituel au XIXe siècle, et même plus tardivement, de donner une image dénaturée et éminemment raciste des adeptes de cette religion d’origine africaine née dans le contexte de la traite des Noirs, et, par ailleurs, associée aux révoltes d’esclaves. En témoignent nombre d’articles de presse ou des livres comme Une visite chez Soulouque, souvenirs d’un voyage dans l’île d’Haïti, de Paul Dhormois (1859) et surtout Hayti, or The black republic, de Sir Spenser St. John (1884) qui assimile le vaudou à de la sorcellerie assortie de cannibalisme, de sacrifices humains et de l’usage régulier de poisons. Toutefois, il convient de préciser que cette perception occidentale du vaudou fut alimentée par les croyances populaires des paysans haïtiens, hantés par la crainte des sorciers. Selon Métraux, ces thèmes folkloriques furent en effet pris au sérieux par des Haïtiens de l’élite et quelques journalistes étrangers. Ainsi, contrairement à ce qui a été souvent dit, on ne peut pas réduire les affirmations d’un Spenser notamment « à des calomnies de Blancs ».
Gustave Aimard était un écrivain bourlingueur. Plusieurs de ses récits se déroulent dans des terres lointaines. Comme le soulignait Thierry Chevrier, il arrivait que certains passages de ses romans « tournent franchement à l’horreur sanglante » (Le Rocambole n° 13, hiver 2000, dossier consacré à Aimard). C’est le cas ici.






