Seabrook (William). L’Île magique. Paris, Firmin-Didot, 1929. Broché. VIII [préface de Paul Morand datée du mois de septembre], 303 p., 3 ff. Un des 20 exemplaires sur vergé pur chiffon de Montgolfier Frères, seul grand papier. Celui-ci, un des 5 hors commerce. Le nom de la personne pour laquelle il a été imprimé a été effacé. Couverture nettoyée, mais des traces subsistent (accentuées par les photos) ; des petits manques et déchirures ont par ailleurs été restaurés. A l’intérieur, des rousseurs éparses. Huit planches comportant chacune une ou deux photos, quelques dessins dans le texte. 155×236 mm. Édition originale française de The Magic Island (1929).

1200 euros

A la source des films de zombies.

Édition originale française de ce récit de voyage à l’origine de la popularisation des zombies [voir notre introduction]. Il fut écrit à l’occasion d’un séjour à Haïti, durant lequel l’auteur put observer à loisir la religion vaudou.

Celle-ci, née dans le contexte de l’esclavagisme et associée à l’insurrection sanglante qui mena Haïti à l’indépendance, véhiculait alors encore une image sulfureuse dont l’auteur tira habilement parti en versant dans le sensationnalisme tout en rendant relativement bien compte des croyances folkloriques. The Magic Island fut un succès commercial. Il inspira rapidement quelques nouvelles dans des pulps américains et, surtout, le film White Zombie avec Bela Lugosi qui avait triomphé un an auparavant dans le Dracula de Tod Browning.

Au cours des décennies suivantes de nombreux autres films mirent en jeu le personnage du zombie mais, à de rares exceptions près, comme L’Emprise des ténèbres de Wes Craven (1988), ils se défirent de tout lien avec le vaudou. En témoigne la très célèbre Nuit des morts-vivants de Georges Romero (1968).

L’auteur, William Seabrook, mérite que l’on s’attarde sur lui. Né en 1884, il débuta sa carrière professionnelle comme journaliste. Il s’engagea dans la Première Guerre mondiale et fut décoré après avoir été gazé à Verdun. Quelques années après, tandis qu’il séjournait dans une tribu africaine, il demanda à participer aux rites cannibales. Cela lui fut refusé, mais il eut ensuite l’occasion, à Paris, de goûter à la chair humaine par l’entremise d’un interne en médecine.

Puis, il voyagea en Arabie où, comme à son habitude, il se fondit dans la population locale. Il en tira la matière d’un livre dont les ventes lui permirent de repartir à l’aventure.

The Magic Island parut quelques années après .

Enfin, en 1945, parvenu en bout de course, ou bien, si l’on préfère, vaincu par ses démons intérieurs, cet indomptable aventurier, profondément alcoolique, également rompu aux pratiques sadomasochistes, entreprit son ultime voyage. Longtemps après ce suicide, Marjorie Muir Worthington, son ex-femme, s’épancha dans un livre qui laissait transparaître son amour indéfectible et sa fascination pour cet homme manifestement voué à l’autodestruction, que personne, sans doute, pas même elle, ne pouvait empêcher de se perdre (The Strange World of Willie Seabrook, 1966).

William Seabrook est également l’auteur de Witchcraft, Its Power in the World Today (1940).

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