[Hoffmann, Ernst Theodor Amadeus]. Bibliothèque Universelle des sciences, belles lettres et arts, faisant suite à la Bibliothèque britannique. Rédigée à Genève. Année 1828 complète. Genève, Paris, 1828. 12 numéros brochés in-8 sous couvertures imprimées bleues. Quelques tableaux et planches dépliantes. 222×140 mm. Très bon état général.
400 euros
L’introduction d’Hoffmann auprès du public francophone – une publication d’une grande importance
C’est sans doute dans les numéros de janvier, février, mars et avril de cette excellente revue suisse que le célèbre E. T. A. Hoffmann (1776-1822) fut présenté pour la première fois au public francophone. Il est vrai qu’Henri de Latouche avait auparavant publié en 1823 une imitation de Mademoiselle de Scudéry sous le titre Olivier Brusson, mais l’écrivain allemand n’était pas mentionné. Les numéros de janvier et février présentent le conte Mademoiselle de Scudéri : deux extraits sont traduits, accompagnés d’un commentaire d’une douzaine de lignes sur l’auteur*, p. 94-116 et 192-220. La publication de Latouche, manifestement inconnue du journaliste, n’est pas évoquée. Les deux autres fascicules présentent quant à eux Les écarts d’un homme à imagination : deux extraits également et un second commentaire** sur Hoffmann, où est ébauchée une définition du fantastique. C’était probablement la première fois que cette épithète était accolée aux contes d’Hoffmann, Fantasiestücke se rapportant au mot Fantaisie. (p. 330-346 et 423-446).
Cette série d’articles passa sans doute inaperçue en France, où le public ne fit réellement connaissance avec le conteur qu’un an plus tard, à la faveur d’une campagne menée par la toute jeune Revue de Paris (voir [ici]).
La Bibliothèque universelle fut créée à Genève en 1796. Elle portait alors le nom de Bibliothèque britannique et se composait de deux divisions publiées en parallèle : Littérature / Sciences et Arts. Plus tard, la qualité entrainant le succès, une autre division consacrée à l’agriculture anglaise apparut. Cette revue informait ses lecteurs des dernières nouveautés scientifiques et littéraires en provenance d’Angleterre, grâce à des traductions commentées d’articles sélectionnés parmi les publications anglaises et écossaises. C’est en 1816 qu’elle prit le nom de Bibliothèque universelle après s’être ouverte aux publications de l’Europe entière.
Sur le plan littéraire, elle permit de découvrir des textes importants, entre autres quatre extraits en 1813 d’Orgueil et préjugé de Jane Austen, dont la première traduction en librairie ne fut publiée qu’en 1822 et le début d’une première traduction du roman gothique Melmoth à partir de janvier 1821 alors que Maturin avait publié son chef d’œuvre très peu de temps avant, en novembre 1820. Elle proposa aussi en 1827 un extrait du Dernier Homme de Mary Shelley (The Last Man) dont il n’existe aucune traduction en librairie au XIXème siècle.
* « Hoffmann est un des écrivains les plus distingués de l’Allemagne, mais il est peu connu hors de sa patrie. Ses ouvrages ont un cachet d’originalité très-remarquable ; ses Fantasiestücke in Callot’s Manier (Esquisses fantastiques dans le genre de Callot), ses Elixirs du diable, son Meister Floh, l’ont placé au premier rang parmi les écrivains humoristes de la littérature allemande. La petite composition de cet auteur que nous traduisons ici ne sauroit donner une idée du genre de son talent, mais on y trouvera une narration facile, et l’art de réveiller et de soutenir l’intérêt. Peut-être reviendrons-nous un jour sur les ouvrages plus importans que nous avons nommés, pour chercher à faire connoître le vrai génie de Hoffmann (R.)»
** « Le morceau dont nous donnons ici la traduction pourra paroître bizarre à bien des lecteurs. Ce genre fantastique, moitié plaisant, moitié sérieux, ce jeu de l’imagination qui semble n’avoir d’autre but que l’activité même de cette faculté, ce vague qui laisse le lecteur en doute s’il se trouve dans le monde réel ou dans les régions du merveilleux, tout cela est peu goûté en France où on veut du positif, et où le lecteur se sent peu disposé à servir, en quelque sorte, de jouet à l’auteur. Aussi ne donnons-nous ce fragment que comme un échantillon curieux d’un genre qui a été cultivé en Allemagne par des talens du premier ordre. Hoffman (sic), en particulier, excelle à tenir l’imagination du lecteur en suspends entre la vie réelle et le monde des fictions fantastiques. Sous ce rapport, le morceau qui va suivre peut donner quelqu’idée de sa manière (R.) »





