Penrose, Valentine. La Comtesse sanglante. Paris, Mercure de France, 1962. Un volume de 234 p. et 3 ff. 4 planches hors texte non comprises dans la pagination (140×205 mm). Maroquin rouge (reliure de l’époque). Couverture conservée, y compris le dos. Édition originale, un des quelques exemplaires hors commerce sur vélin pur fil Lafuma, avec 25 autres, numérotés. Envoi autographe signé de l’autrice à Monsieur et Madame André Alter. Déchirure sans manque au ff. 215-216

850 euros

Rare édition originale sur grand papier de cet important roman sur la comtesse Báthory.

Au début du XVIIe siècle, la comtesse hongroise Erzsébet Báthory fut accusée de sévices et de meurtres sur de jeunes femmes. Assignée à résidence dans une pièce de son château de Čachtice, elle y mourut quelques années plus tard, en 1614. En 1729, un jésuite hongrois affirma dans une œuvre topographique qu’Erzsébet prenait des bains de sang pour régénérer sa peau et conserver sa beauté. Rien ne justifiait une telle allégation à la fois improbable et tardive, mais la croyance perdura et prit même de l’ampleur au fil des années, malgré la publication en 1817 des archives du procès, muettes sur ce point. Par exemple, un autre auteur affirma en 1824 dans une « monumentale Histoire de Hongrie » que les bains d’Erzsébet étaient quotidiens. (Michel Meurger : La Vierge de fer, une machine problématique à travers l’Histoire, la Littérature, le Cinéma et la Bande dessinéeLe Visage Vert, numéro 11, octobre 2001, p. 53) D’autre part, le nombre de 650 victimes courait, évoqué à l’origine par un témoin du procès, sur la base d’un carnet ayant appartenu à la comtesse, mais jamais retrouvé.

La Comtesse sanglante est une sorte de roman noir. Riche de « quelques belles pages convulsives », selon les mots de Michel Meurger, teinté de sadisme, il reprend les éléments marquants de la légende de la comtesse : les bains de sang, l’utilisation d’une Vierge de fer, véritable machine à déchiqueter… Comme le souligne Meurger, Leopold von Sacher-Masoch avait déjà introduit en 1874 une Vierge de fer dans Eau de Jouvence. Mais il ne s’agissait pas a priori d’une invention littéraire puisque lorsqu’un biographe fit référence en 1894 à cette machine infernale, il en parla comme d’une légende. Dans le cas présent, « Penrose ajoute une touche de fétichisme macabre en affublant “l’idole” d’une chevelure blonde arrachée par Erzsébet au crâne de l’une de ses proies. » (Michel Meurger : La Comtesse, critique du film avec Julie Delpy publiée le 26 mai 2011 sur le blog du Visage Vert  / La Vierge de fer…, p. 58-59)

Cela étant, bien que pour le moins très douteux (combien aurait-il fallu de victimes pour un seul bain ?), ces éléments acquirent une certaine crédibilité grâce au procédé narratif particulièrement habile de Valentine Penrose qui, par exemple, empêchait d’emblée toute tentative de vérification des faits relatés en mettant en avant l’ancienneté de ceux-ci, ainsi que la rareté des documents qui les attestent. (Léa Cabanac : Folklore sur les vampires dans la littérature et les arts européens entre le XVIIIe et le XXe siècle, p. 93).

De fait, des universitaires peinant manifestement à distinguer le vrai du faux dans ce récit hybride véhiculèrent par la suite les déviances imaginaires de la comtesse. Cette méprise contribua sans nul doute à renforcer la proximité entre le personnage historique et la figure du vampire, présente en filigrane dans le roman. Cela étant, il faut souligner que dans la mesure où les bains de sang et le désir de rajeunissement d’Erzsébet avaient été révélés dès le XVIIIe siècle, cette proximité est incomparablement moins artificielle que dans le cas de Vlad Tepes, qui, pour sa part, était totalement étranger au vampirisme avant que Bram Stoker ne décide de s’en emparer.

Le livre de Valentine Penrose inspira en 1971 une production de la célèbre firme britannique Hammer : Comtesse Dracula, avec Ingrid Pitt, qui avait tenu l’année précédente le rôle de l’héroïne Carmilla de Le Fanu dans The Vampire Lovers.

Notons que des chercheurs émettent aujourd’hui des doutes quant à la culpabilité de l’aristocrate hongroise. Il n’est pas déraisonnable d’envisager que celle-ci ait été victime d’une tentative de captation de fortune, ou bien d’un complot politique.

Précisons enfin, pour terminer, qu’il existe peu d’informations sur Erzsébet pouvant être considérées comme historiquement vérifiables. Elles occupent quelques lignes dans la publication de Léa Cabanac et nous renseignent uniquement sur sa famille, son mariage et le cadeau reçu à cette occasion, « le tristement célèbre château gothique de Čachtice ». Il semblerait cependant qu’Erzsébet ait reçu une très haute éducation, qu’elle maîtrisait plusieurs langues alors que la plupart des Hongrois de haute naissance étaient illettrés et qu’elle assumait certaines responsabilités en l’absence de son mari (gestion des domaines…) « Enfin, on sait également qu’elle était prompte aux accès de colère dès son plus jeune âge, et que la loi de l’époque faisant des paysans la propriété de leurs seigneurs, les châtiments corporels envers ceux-ci n’avaient rien d’hors-norme. Erzsébet fut donc très certainement exposée à des scènes violentes dès son enfance, qu’elle a reproduites une fois adulte. De plus, certains membres de sa famille jouissaient d’une réputation plutôt funeste. Son propre frère, Stephan, était un ivrogne et un débauché, tandis que sa cousine Anna fut accusée de sorcellerie. Enfin, un des ancêtres d’Erzsébet, également nommé Stephan Báthory, s’était battu aux côté de Vlad Țepeș pour récupérer le trône de Valachie. Ces derniers éléments ont très certainement facilité l’entrée dans la légende de la comtesse Báthory, littéralement “contaminée” par les méfaits – mais aussi exploits guerriers – attribués aux membres de sa famille et à la violence caractéristique des rapports entre seigneurs et paysans à cette époque ; Erzsébet s’est petit à petit métamorphosée en véritable vampiresse dans l’imaginaire collectif. » (p. 85-86)

Deux autres livres sur la comtesse Báthory accessibles via l’onglet Nouveautés

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