D’Arlincourt, Charles Victor Prévost, vicomte. L’Étoile polaire. Paris, Dumont, 1843. Deux volumes brochés de 360 ; 400 p. et 1 ff. d’errata (145×225 mm). Envoi autographe signé de l’auteur (« Au Comte Anatole de Montesquiou / Souvenir d’ancienne amitié »). Légers défauts et manques aux brochages, rousseurs. Dos insolés, un peu déformés. Non rogné. Bon exemplaire.

480 euros

La comtesse Báthory dans la littérature française

Récit d’un voyage entrepris deux ans plus tôt dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Il est entrecoupé de plusieurs histoires et légendes approchant souvent le genre fantastique, certaines recueillies par l’auteur au gré de ses rencontres. L’une d’elles, Tête de mort [tome 1, p. 67-115], est basée sur la vie de la célèbre comtesse Erzsébet Báthory. Cette nouvelle saisissante, aux accents frénétiques, met en jeu une jeune femme aux prises avec une certaine comtesse Rozelsky, une Hongroise qui se « conserve jeune et belle jusque dans la vieillesse », grâce à une « eau mystérieuse » fabriquée avec le sang de « jeunes vierges pures » (qui, pour leur part, dépérissent, d’où le titre). Le terme « vampire » est d’ailleurs utilisé une fois.

La « légende » de la comtesse Báthory a pour origine le procès à l’issue duquel cette représentante de la noblesse hongroise, accusée de sévices et de meurtres sur de jeunes femmes, fut assignée à résidence dans une pièce de son château, où elle mourut quelques années plus tard, en 1614.

Plus d’un siècle après, en 1729, un jésuite hongrois, László Túróczi, affirma qu’Erzsébet prenait des bains de sang à dessein de se régénérer et de conserver sa beauté, et qu’elle avait fait périr plusieurs centaines de femmes… Malgré le caractère pour le moins improbable de tels agissements, leur révélation tardive et le fait qu’aucun document d’époque, en particulier les archives du procès, pourtant publiées en 1817, ne corrobore quoi que ce soit, la croyance perdura. Ainsi, rencontre-t-on diverses publications du XIXe siècle qui présentent la comtesse comme un véritable monstre, par exemple Histoire et traité des sciences occultes du comte de Résie (1857).

Sur le plan exclusivement littéraire, les textes tant soit peu anciens en langue française semblent peu nombreux. En dehors de cette nouvelle d’Arlincourt que nous avons découverte par hasard lors de recherches sur les vampires – et que nous n’avons vue signalée nulle part –, nous connaissons seulement un poème français, peut-être ignoré lui aussi, et la nouvelle Eau de Jouvence de Sacher-Masoch, publiée en 1874 ( ?) et traduite en 1907 [il s’agit cette fois d’un texte référencé]. Mais nous n’avons pas approfondi nos recherches.*

En 1962, la Française Valentine Penrose publia La Comtesse sanglante, un récit hybride, sorte de roman mêlant réalité historique et fiction. L’habileté remarquable de l’autrice à laisser croire qu’elle s’appuyait sur des données historiques fiables contribua à perpétuer et installer la légende. En particulier, certains universitaires furent convaincus de la réalité des bains de sang et relayèrent l’information. Ce point est d’autant plus intéressant pour nous que Valentine Penrose se réfère à de multiples reprises au vampirisme, dont la comtesse est aujourd’hui indissociable. Voir par exemple les p. 85-96 de ce Mémoire de Master 2 de Léa Cabanac : Folklore sur les vampires dans la littérature et les arts européens entre le XVIIIe et le XXe siècle (année scolaire 2021-2022, texte en ligne).

Notons enfin que des historiens considèrent désormais qu’Erzsébet Báthory était peut-être innocente. Son procès pourrait être le résultat de manœuvres politiques ou d’une tentative de captation de sa fortune. Mais rien n’est certain.

Il est brièvement question de vampirisme dans un autre récit du vicomte, qui baigne dans une atmosphère fantastique : Le Pont d’Abernéthy (Les trois Royaumes, tome second, 1844, p. 123-152).

Rare avec un envoi. Alfred Marquiset évoque indirectement l’amitié entre Montesquiou et d’Arlincourt dans Le vicomte d’Arlincourt, prince des romantiques d’Alfred Marquiset (Hachette, 1909, p. 76).

* Nous n’aurions pas pu trouver le texte d’Arlincourt s’il n’avait pas contenu pas le mot « vampire ». En effet, le nom donné à la comtesse, « Rozelsky », est beaucoup trop éloigné de « Báthory » et de « Nádasdy », son nom d’épouse, pour que les recherches par mots clés dans les archives numériques puissent aboutir. Il ne serait pas étonnant à cet égard que d’autres récits inspirés par la comtesse restent encore ignorés et, bien sûr, la question de leur nombre est entièrement ouverte. Valentine Penrose que nous évoquons dans cette fiche en cite quatre, tous en langue étrangère. Nous n’en avons pas trouvé de traduction française. Elle ignore par ailleurs l’existence de la nouvelle de Sacher-Masoch. En revanche, cette dernière est mentionnée par Maurice Périsset dans La Comtesse de sang (1975).

Deux autres livres sur la comtesse Báthory accessibles via l’onglet Nouveautés

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