Sandras. Les Fredaines du Diable ou Recueil de Morceaux épars, pour servir à l’Histoire du Diable et de ses Suppôts ; tirés d’Auteurs dignes de foi, par feu M. Sandras, Avocat en Parlement ; Mis en nouveau style et publiés par J. Fr. N. D. L. R. Paris, Merlin, 1797, an V. Un volume in-12 broché (utilisant un papier bleu du dernier quart du XIXe siècle). 216 p. (105×185 mm) Bon exemplaire. Quelques petits manques au brochage. Rousseurs éparses. Mouillure aux derniers feuillets, quelques manques angulaires sans gravité. Entièrement non rogné. Le feuillet d’errata manque.

350 euros

Ouvrage fautivement attribué* à Gatien de Courtilz de Sandras (1644-1712). Pourtant, l’Avertissement indique que les histoires qui le composent proviennent d’un manuscrit dû à un collectionneur (un certain Sandras, il est vrai) né quant à lui au début du XVIIIe siècle. Cet homonyme aurait copié ou bien traduit des extraits de différents livres, dont des traités de démonologie. D’autre part, plusieurs des récits en question sont parus dans des ouvrages postérieurs au décès de Courtilz ; par exemple une note indique que La chandelle miraculeuse de Langres, est tiré d’un livre publié [la première fois] en 1754.

En réalité, la paternité des Fredaines du Diable revient à Jean-François Née de La Rochelle, mentionné au titre. C’est lui et lui seul qui a réalisé le véritable travail d’écriture. Il indique en effet avoir sélectionné et réécrit des textes du manuscrit de Sandras (personnage dont, soit dit en passant, l’existence nous semble improbable**) : « j’ai essayé de lui donner quelque uniformité et plus d’agrément ; car plusieurs de ces Historiettes, de la manière dont elles étoient présentées, n’eussent pas été lisibles. J’ai supprimé les plus ridicules, et brodé les autres, tantôt avec beaucoup de liberté, et tantôt avec ménagement ; mais toujours en conservant le fond de l’aventure qui m’étoit offerte. » (Avertissement)

Grâce à ce détournement, l’auteur a transformé cet ensemble de textes savants en un recueil ayant vocation à divertir, une compilation de récits sur le thème du surnaturel, à mi-chemin entre ses sources austères et la Littérature. De fait, Les Fredaines du Diable s’inscrit pleinement dans la genèse du fantastique.

En outre, il s’agit probablement de la plus ancienne compilation de ce type.

Bien d’autres suivront, principalement au cours du premier quart du XIXe siècle : Le Livre des Prodiges (1802), Histoire des fantômes et des démons... (1819, [ici]), Démoniana (1820)… pour ne citer qu’elles. Il existe également des ouvrages qui contiennent de tels récits, mêlés à divers autres types de textes. Citons Le Diable peint par lui-même (ici), le Dictionnaire infernal (ici) ou encore Les Mille et un souvenirs, ou Les veillées conjugales (1799). Mais à notre connaissance, aucun n’est antérieur aux Fredaines du Diable. Cela demande cependant à être confirmé.

* Paternité habituellement constatée, affirmée notamment par Caillet et la BNF

** La teneur de l’avertissement fait en effet penser à un artifice de l’auteur. Et, comme par hasard, ce Monsieur Sandras était censé être Avocat en Parlement, qualité du grand-père de l’auteur, Jean Née de La Rochelle.

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